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Nous vivons un possible rite de passage planétaire

L’extra-ordinaire vécu planétaire actuel nous oblige à questionner notre lien à la nature, aux règnes qui la composent, aux « autres » en tant que famille, communauté, tout autant qu’à nos priorités professionnelles. C’est comme un grand brassage de cartes, une possible remise à zéro ou - dans le domaine qui m’occupe - une forme de rite de passage qui peut être consciemment accompagné ou manqué.


Depuis toujours, les rituels ont apporté des repères d’espace et de temps; la transition jour/nuit, le cycle de la lune, la périodicité des saisons, ont permis aux hommes de connaître leur environnement et – en respectant ces rythmes – à tirer le meilleur parti de celui-ci pour leur subsistance. Les passages saisonniers ont rassemblé les tribus éloignées, offrant des célébrations pour demander ou rendre hommage à la Terre Mère nourricière. Au début de la nouvelle saison des semailles, des rites de fertilité invitaient hommes et femmes à procréer. Les rituels ont donc servi à réunir, à réconcilier, à faire acte relationnel entre les hommes et entre les hommes et la nature. Mais malgré son cycle perpétuel, la nature garde une grande part de mystère. Cette inconnue qu’est la vie a nécessité des ajustements, une possibilité d’accéder à ce qui est fermé à notre conscience diurne. Tout d’abord par des rituels d’accompagnement des morts, l’être humain a sacralisé ce lien au mystère, au non-visible, au non-accessible. Tout rituel sert à dépasser l’impuissance, le doute, à nous relier à du « plus grand que nous », à des forces agissantes que nous respectons et auxquelles nous demandons du soutien.



Les premiers rituels

Si la perte d’un être cher, la présence de la mort, ont été les déclencheurs des premiers rituels, ceux-ci restent des célébrations réassurantes de passages de vie, la passerelle entre le monde du connu et de l’inconnu. Les rituels religieux (de religere mise en lien) accompagnent dès lors chaque passage de vie, les étapes de notre évolution, comme la venue au monde, l’accueil dans la communauté, l’empreinte de notre identité lorsque celle-ci se dévoile à l’adolescence, la relation qui nous unit à un(e) autre, les multiples séparations et la mue de notre condition humaine. Il est intéressant d’observer que nous vivons à présent des séparations à répétition avec de moins en moins de temps à consacrer( !) à ces repères indispensables ; il n’y a pas si longtemps, nous avions une seule formation, une seule profession, un seul lieu de travail, un seul compagnon, un seul lieu de vie et donc un tissu relationnel stable. Socialement, des cérémonies existaient bien pour marquer la réussite d’un diplôme, un mariage, l’arrivée à la retraite, mais qu’en est-il quand vous déménagez dix fois dans votre vie, lorsque vous vous séparez, lorsque vous quittez sur le champ votre poste de travail et vos collègues. Qu’en est-il de tous ces deuils ? Que reste-t-il de soi, de son identité, si nous avons juste passé à travers sans nous arrêter, sans ressentir, sans comprendre, sans aimer, sans décider d’être le sujet de notre avenir. Il nous faut prendre le temps de nous arrêter et de traverser en conscience les multiples passages de nos biographies.


La nature cyclique du vivant

Le rituel est conçu pour accompagner la nature cyclique du vivant. Le rituel marque les débuts et les fins, il acte les transitions. Tout, dans la nature, évolue : le germe, la plante, la fleur, l’arbre, le processus de la chenille au papillon, l’éléphanteau et le cimetière de son clan. L’observation de la nature nous parle de naissance, de croissance, d’épanouissement, de retour à la terre, de dons de soi et de repos dans l’invisible. Suivre ce rythme évolutif nous rend à nous-mêmes ; capables d’une certaine intériorité, attentifs à utiliser nos énergies au moment opportun puis à laisser faire, à laisser se faire ce qui ne dépend pas de nous, de notre contrôle. Enfin, après un temps suspendu, nous pouvons à nouveau imaginer du nouveau, forts de notre expérience passée.

Ce processus peut faire écho à votre situation actuelle, lors de cette pandémie généralisée. La Terre Mère nous rappelle la loi évolutive du vivant. D’ailleurs sa présence nous manque. Symboliquement, nous pouvons nous imaginer comme des grands enfants qui, ayant quitté leur famille pour s’émanciper, reviennent des années plus tard, mûrs et prêts à s’engager comme partenaires et soutiens de leurs proches. Nous sommes devenus des entités séparées mais affiliées à la Nature et nous sommes prêts pour co-construire avec elle un monde meilleur où Elle, toute notre parenté planétaire et nous, pouvons vivre en harmonie.


Les Ecorituels® et les peuples premiers

La roue de médecine amérindienne fait partie de l’apprentissage des praticiens en Ecorituels® : il y est question justement d’harmonie et de parenté entre les règnes. Ce modèle cosmogonique universel, transmis comme outil de connaissance du monde, place les êtres humains au côté des pierres, des plantes et des animaux. Il invite à une connaissance où tout ce qui est au dehors de soi est identique à ce qui est en soi. La roue de médecine propose un mode hétérarchique qui favorise notre sentiment d’inclusion, de participation en tant que sujet à notre destinée et à celle de notre planète. La guérison de l’être est donc vue ici comme un retour à l’harmonie, à la complétude que nous expérimentons par des temps sacralisés en nature. Telle personne sera mise en lien avec l’élément Eau pour dissoudre un trop plein d’émotions, telle autre retrouvera confiance en elle dans une cérémonie de lever du jour. La nature dite extérieure répondra à nos intimes questionnements.

Vivre de telles expériences de rapprochements sensibles avec la Terre Mère modifie radicalement notre lien à Elle. La Nature redevient un sujet, la partenaire d’un dialogue ; les synchronicités sont légion lors de la pratique d’Ecorituels®. Souhaitons-nous plus de légèreté qu’un oiseau lâche une plume au-dessus de nous ! La Beauté nous traverse, le sentiment indispensable d’appartenance nous remplit.


2020, un rite de passage

Dans la situation mondiale actuelle , nous savons ce que nous avons été, ce que nous étions juste en train d’accomplir avant la pandémie, nous sommes à présent en traversée vers un avenir inconnu qui, même s’il pourra prendre des formes habituelles, nous laissera différents, acteurs du changement ou perdus, portés par l’espoir ou par la confusion, emplis de tristesse, de colère ou d’un fabuleux élan des « tous possibles ». L’accomplissement d’un rite de passage, préparé, et bien accompagné pourra être nécessaire.




Le curseur de ces pratiques dépendra des intentions du demandeur : de la simple célébration personnelle aux rites initiatiques très élaborés, du rite de passage personnel aux cérémonies communautaires. L’Ecorituel® est adapté à chacun quel que soit son âge, sa culture et ses croyances spirituelles.


Proposition d’un Ecorituel® pour « Aimer la Terre »

Vous aurez besoin de quatre bols. L’un avec un peu de terre, un autre avec de l’eau, un 3eme vide pour signifier la présence de l’air et d’un dernier avec une bougie que vous allumez. Si cela vous convient, préparez un spray d’huiles essentielles ou des plantes pour la fumigation. Vous avez à disposition quatre graines de votre choix et quatre tous petits objets vous appartenant que vous pourrez donner symboliquement à la Terre, comme des perles d’un bijou cassé, des bouts de tissus de couleurs différentes. Si vous souhaitez garder la terre, n’utilisez que des objets biodégradables, des éléments naturels.

Placez devant vous le bol de terre. Si vous êtes assis(e) au sol, placez-le même entre vos jambes. Dans son prolongement, le bol avec la bougie et autour de vous les autres bols et d’un côté et de l’autre, vos semences et vos objets.

Recentrez-vous en prenant quelques profondes respirations. Laissez se diffuser votre parfum.

Tout en regardant la terre et la bougie, prononcez à haute voix votre intention, comme :

« J’accompagne la Terre dans son évolution avec tout mon amour ». Choisissez les mots qui vous conviennent. Prenez le temps de toucher la terre, yeux fermés, de ressentir le lien qui se crée entre vous. Lorsqu’elle vous devient familière, semer une première graine en même temps que vous déposez votre mini-objet dans la terre : je t’offre ma plus belle vision, qui est …. (nommez-la), faites de même encore trois fois, ainsi :   je t’offre ma plus grande qualité, qui est…. (nommez-la), je t’offre l’une de mes compétences qui te sera utile, qui est …. (nommez-la), je t’offre mon cœur ouvert et ce qu’il contient en ce moment…. (nommez…).


Arrosez délicatement votre terre avec votre eau. Faites tourner le bol d’air 4 fois dans le sens des aiguilles d’une montre, au-dessus de la terre. Soulevez la bougie et marquer les 4 directions au-dessus de la terre : à l’Est dites « A le terre renouvelée » au Sud dites « A la terre aimée », à l’Ouest, dites « A la terre puissante », au Nord dites « A la terre porteuse de vie ».

Restez en silence le temps qu’il vous faudra. Ressentez ce dont vous avez besoin ; peut-être est-ce de vous coucher, le bol sur votre cœur, sur votre ventre ? Lorsque le moment sera venu de terminer, éteignez votre bougie.

Gardez votre bol sur le rebord de votre fenêtre ou sur votre balcon, dans un espace qui fait sens de « lien entre l’extérieur (la terre) et l’intérieur (vous) ». Par la suite vous déciderez si vous souhaitez rendre la terre à la Terre et reprendre vos objets, ou tout redonner à la terre. Le bol perdra sa fonction d’objet rituélique lorsqu’à son contact, ce qu’il contient vous semblera tout simplement évident. Vous aurez intégré le processus du rituel.


Les Ecorituels® font partie de la formation de Facilitateur-trice en Ecologie profonde comme l’une des écopratiques proposées. Les écopraticiens rejoignent ensuite une communauté en Suisse, en France et en Belgique, réunis sur www.praticienecorituels.com.



Marianne Grasselli Meier


Marianne Grasselli Meier

est écothérapeute, musicothérapeute, formatrice et autrice « Le réveil des gardiennes de la terre ; guide pratique d’écothérapie » Ed Courrier du Livre 2018.

« Rituels de femmes pour s’épanouir au rythme des saisons » Ed Courrier du livre 2016

« Devenir chaman, même pas peur ! «  Ed Exergue, collection Esopratique 2019

www.espritdefemme.ch www.ecorituels.ch


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