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PLAIDOYER POUR LE SAUVAGE - de Alain PERSUY

Dernière mise à jour : sept. 6





Notre ami Alain Persuy, écologue, forestier, auteur de nombreux ouvrages sur la Nature, est revenu il y a quelques jours seulement d'un magnifique temps d'immersion dans la nature finlandaise.

A son retour, il nous a fait la joie de cet article. Belle lecture !


«Un jour viendra où l'on jugera notre société non à la manière dont elle a dominé la nature, mais à la part de sauvage qu'elle aura été capable de sauvegarder»..(1) Cette citation de Robert Hainard illustre parfaitement une des questions fondamentales posées par l'arrogance de notre «civilisation» et la totale déconnection des choses de la nature que montrent une majorité de nos contemporains : qu'une malheureuse herbe s'entête à conquérir quelques bas de murs, quelques bordures de trottoir en ville, la voici immédiatement condamnée par des citadins en mal de béton. Qu'un téméraire renard ose poser les pattes nuitamment sur quelque artère urbaine, l'indignation sélective de certains ne manque pas : un animal SAUVAGE en ville?? vous n'y pensez pas!!

Quand à ceux qui se hasardent en pays étranger, c'est à dire en forêt, bien souvent leur hardiesse se limite à faire cent mètres à côté de la voiture...Mais certains regardent sans doute sur leur IPhone, tablette ou écran télé des documentaires animaliers confortables : pas d'odeurs ni de météo désagréable : une nature offerte et aseptisée!! Parler de boisements en libre évolution, c'est à dire livrés au lent déroulement des mécanismes naturels, à la course lente du temps et à ses stigmates, fait horreur à certains : tout ce qui échappe à la maîtrise humaine, au contrôle, à la mise en équations, perturbe. Jusqu'à certains professionnels de la nature : qui n'a vu des terrains « protégés » affublés de panneaux informatifs sophistiqués, voire de sculptures et autres éléments d'aménagement, comme si la simple contemplation était suspecte de ringardise ??

La friche, le marais, le lierre, la ronce, le bois mort, la lande, autant de mal aimés, d'incompris, de vilipendés, car synonymes, révélateurs d'espaces perdus...mais perdus pour qui, au fait? Les promoteurs, les bétonneurs, les aménageurs ? Certes pas pour l 'ortie, le petit mammifère, l'araignée, le passereau et le papillon, la fleur sauvage et le silence réparateur... En un autre siècle, des civilisations autres que la nôtre , étaient qualifiées de sauvages, donc de primitives, termes se rejoignant dans l'opprobre et le déclassement : alors même que ces peuplades n'avaient que très rarement détruit leur environnement, destruction qui est une des belles preuves de civilisation que notre société productiviste persiste à étaler au gré de ses appétits. Nobostant le bon sauvage cher à Rousseau, nous avons partout méprisé, écrasé ce qui n'était pas nous, imposé notre pouvoir, notre religion, notre technologie, ivres de puissance et de fatuité. L'animal sauvage est réputé res nullius? Il est livré «au plus tirant»! traqué et tué au gré des lobbys et de ceux qui ne voit en lui qu'objet de loisir, en lui déniant tout droit d'existence.


Il est alors grand temps de célébrer le sauvage, de savoir admirer la magie des plumes, des rameaux, des herbes et des vents, des épines et des ombres, des mousses et de leur espace de libre expression, ce jardin de nature qui vit s'épanouir l'incroyable diversité du vivant. Nous en sommes comptables : le sauvage que d'aucuns voudraient rejeter dans le passé est notre avenir, si tant est que nous soyons encore demain ouverts à l'émerveillement de l'altérité.

Alain Persuy (1) cité dans «A la découverte de la France sauvage», A.Persuy, Le sang de la Terre, 2013 «Nous savons ce que veut l'élite mondialisée aux commandes : nous emmener vers un monde toujours plus technicisé, régencé à sa convenance, rentabilisé, exploité jusqu'au dernier brin d'herbe, qu'arpenteront des hommes «augmentés», comme ils disent: cet univers concentrationnaire, il nous échoit de l'empêcher d'advenir» Jean Luc Porquet, «le dernier grand pingouin», Verticales, 2016

«Si nous continuons à détruire la nature, alors plus jamais n'aurons nous la chance de nous voir seuls, séparés, verticaux et individuels dans le monde, partie intégrante de l'environnement d'arbres, de rochers et de sols, frères des autres animaux, fragments du monde naturel et capables d'y appartenir; sans aucune vie sauvage restante, nous sommes engagés dans une course vertigineuse vers une vie technologique de termites» Wallace Stegner, «Lettres pour le monde sauvage», Gallmeister, 2015

«Dans le noir silence des nuits profondes, ils passent. Furtifs et précis, traversant les sentes comme ils l’ont fait pendant des siècles, ombres sous la lumière pâle de la lune attentive. Un, puis deux, dansent les yeux d’ambre à hauteur des premières branches de la forêt endormie. En une course ralentie, élastique, régulière, toute de puissance contenue et de connaissance du milieu...les loups nous reviennent, ambassadeurs du sauvage dans nos pays corsetés d'artificialité.» Alain Persuy Lettres de nature


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